La santé animale constitue un pilier fondamental de la sécurité alimentaire, de la santé publique et du développement durable des filières d’élevage. En Afrique de l’Ouest, où les systèmes d’élevage jouent un rôle central dans les économies rurales, l’accès à des services vétérinaires de qualité demeure un enjeu majeur.
La prévention et le contrôle des maladies animales, la lutte contre les zoonoses et l’usage raisonné des médicaments vétérinaires reposent en grande partie sur la compétence, la disponibilité et la structuration des acteurs de terrain.
Au Bénin, les para-professionnels vétérinaires (PPV) occupent une place stratégique dans l’offre de services vétérinaires de proximité. Présents au plus près des éleveurs, ils assurent une large part des interventions quotidiennes. Toutefois, l’efficacité et la crédibilité de leurs actions dépendent à la fois de la maîtrise des bonnes pratiques techniques et de la connaissance du cadre juridique et réglementaire encadrant leur exercice.
C’est pour répondre à ces défis que l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), avec l’appui financier de l’Agence française de développement (AFD), met en œuvre depuis 2020 le projet Professionnalisation des para-professionnels vétérinaires (P3V). Après une phase de mise en œuvre au Sénégal et au Togo, le Bénin a été intégré comme troisième pays bénéficiaire à la suite d’une mission de diagnostic conduite en 2024. Celle-ci a mis en évidence des besoins prioritaires en formation continue, notamment en matière de pratiques cliniques vétérinaires et d’appropriation des textes législatifs et réglementaires.
Dans ce contexte, deux formations complémentaires ont été organisées à Bohicon entre septembre et novembre 2025. Elles constituent une réponse aux besoins identifiés et traduisent l’approche intégrée du projet P3V, combinant le renforcement des compétences techniques et la sécurisation juridique des pratiques professionnelles.
La première formation s’est tenue du 22 au 26 septembre 2025 à Bohicon et portait sur les bonnes pratiques de diagnostic et de thérapeutique vétérinaires. Elle a réuni quatre formateurs nationaux, issus du secteur privé, dont deux médecins vétérinaires et deux para-professionnels vétérinaires, sélectionnés pour leur expérience de terrain et leur potentiel de diffusion des compétences. Organisée sur cinq jours, cette formation visait à renforcer de manière approfondie les capacités techniques des participants afin qu’ils puissent, à leur tour, former d’autres PPV au niveau national.
Le programme pédagogique a couvert l’ensemble de la démarche clinique vétérinaire, depuis l’observation du comportement animal et les techniques d’abord et de contention, jusqu’à l’examen clinique général et spécialisé.
Les participants ont approfondi les notions liées à l’évaluation de l’état corporel, à la constitution du dossier médical, aux examens complémentaires et aux bonnes pratiques de prélèvement. Une attention particulière a été accordée au bien-être animal, à l’hygiène, à la biosécurité et à la gestion des déchets biomédicaux, considérés comme des éléments transversaux indispensables à toute intervention vétérinaire responsable.
La formation a également abordé la prise de décision thérapeutique, le calcul des posologies, l’usage raisonné des médicaments vétérinaires et les délais d’attente, ainsi que les soins, la petite chirurgie et les techniques d’antisepsie. Les travaux pratiques ont occupé une place centrale, représentant plus de 50 % du volume horaire total. Ils ont été réalisés en ferme et en laboratoire vétérinaire, permettant aux participants de pratiquer l’examen clinique des animaux, les prélèvements biologiques, l’autopsie de volailles et les techniques de suture.
Les résultats de l’évaluation témoignent de l’efficacité de cette approche. Le score moyen des participants est passé de 70 % au pré-test à 98 % au post-test, soit un gain de 28 points. L’ensemble des participants a obtenu un score final supérieur ou égal à 97 %, traduisant une forte appropriation des compétences visées. Les progrès les plus marqués ont concerné l’examen clinique dans le respect des règles de biosécurité, les techniques de prélèvement, l’autopsie de volailles et le diagnostic différentiel des maladies animales.
À l’issue de la formation, les participants ont été reconnus comme formateurs nationaux, appelés à jouer un rôle clé dans la réplication des formations et la diffusion durable des bonnes pratiques cliniques auprès des PPV au Bénin.
La seconde formation s’est déroulée du 10 au 14 novembre 2025, également à Bohicon, et était consacrée à la législation et à la réglementation vétérinaires. Elle a permis de former une première cohorte de 25 professionnels de la santé animale, composée de 17 para-professionnels vétérinaires et 8 médecins vétérinaires, issus des secteurs public et privé. Parmi les participants figuraient 5 femmes, traduisant une dynamique d’inclusion progressive dans le secteur. Organisée sur cinq jours, cette formation a été animée par quatre experts, dont deux experts nationaux béninois et deux experts invités du Togo, favorisant une approche comparative et régionale de la législation vétérinaire.
Les sessions ont alterné présentations théoriques, travaux de groupe et restitutions en plénière, dans un cadre d’échanges particulièrement dynamique.
Les participants ont d’abord renforcé leur compréhension des cadres international et communautaire de la législation vétérinaire, notamment les normes et lignes directrices de l’OMSA et les instruments juridiques applicables en Afrique de l’Ouest. La formation a ensuite porté de manière approfondie sur les textes nationaux, en particulier le Code pastoral, les dispositions relatives à la police sanitaire des animaux, le mandat sanitaire, la transhumance et les règles déontologiques encadrant l’exercice de la profession vétérinaire.
Les travaux de groupe, organisés en deux groupes de 12 et 13 participants, ont permis d’analyser des situations concrètes d’application des textes, de clarifier la hiérarchie des normes, les responsabilités des différents acteurs et les mécanismes de contrôle et de sanction. Les échanges ont mis en évidence plusieurs défis, notamment la nécessité d’actualiser certains textes existants, de lever les ambiguïtés liées à l’exercice des PPV et de renforcer la sensibilisation des éleveurs et des organisations professionnelles.
Cette formation a permis de renforcer la compréhension et l’appropriation du cadre juridique par les participants, condition essentielle pour sécuriser les pratiques professionnelles, améliorer la gouvernance du secteur vétérinaire et renforcer la crédibilité des interventions sur le terrain.
À travers l’organisation de ces deux formations complémentaires à Bohicon, le projet P3V a posé des bases solides pour le renforcement durable des services vétérinaires au Bénin.
Au total, 29 acteurs clés de la santé animale ont été formés en moins de trois mois, dont 4 formateurs nationaux et 25 professionnels de la santé animale, appelés à devenir des relais du projet sur le terrain. Ces acquis contribuent à améliorer la qualité des services vétérinaires de proximité, à renforcer la confiance des éleveurs et à soutenir les objectifs de sécurité sanitaire et alimentaire.
Par ces actions, le projet P3V confirme son engagement en faveur d’un système de santé animale plus performant, mieux structuré et durable, au service du développement de l’élevage et de la santé publique au Bénin.
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