Le 26 novembre 2025, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD), a organisé un webinaire consacré à l’impact et à la capitalisation du Projet « Professionnalisation des para-professionnels vétérinaires » (P3V). Cet événement visait à mettre en lumière les résultats du Projet, les enseignements tirés de sa mise en œuvre et les perspectives ouvertes pour la consolidation et la pérennisation de ses acquis.
Le présent article s’inscrit dans une série de cinq contributions issues de ce webinaire, chacune correspondant à une présentation. Après un premier article consacré à la présentation générale du Projet P3V, un deuxième dédié à l’analyse de ses impacts et des enseignements tirés de sa mise en œuvre, un troisième centré sur l’analyse des besoins réels des éleveurs et éleveuses, puis un quatrième consacré à la capitalisation des approches, des outils et des enseignements, ce cinquième article porte sur la transférabilité des approches et des outils développés dans le cadre du Projet P3V.
Ce cinquième article s’appuie sur la présentation assurée par la Dre Holly Hufnagel, qui a conduit, pour le compte de l’OMSA, l’étude portant sur l’impact du Projet P3V, ainsi que sur les conditions de transférabilité et les perspectives d’élargissement de ses approches vers d’autres contextes nationaux.
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La réflexion sur la transférabilité du P3V repose sur un constat partagé à l’échelle régionale : les défis rencontrés dans les pays pilotes du Projet ne sont pas spécifiques à ces seuls contextes. Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, l’accès des éleveurs à des Services Vétérinaires de qualité demeure limité, en particulier en milieu rural, alors même que les para-professionnels vétérinaires (PPV) jouent un rôle central dans la fourniture de ces services.
Les données présentées lors du webinaire illustrent cette réalité. À l’échelle régionale, on recense environ 29 315 vétérinaires pour plus de 132 000 para-professionnels vétérinaires, soulignant l’importance de ces derniers dans les systèmes de santé animale.
Toutefois, cette présence sur le terrain ne s’accompagne pas toujours d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté.
Une étude de l’OMSA menée en 2022 met ainsi en évidence plusieurs limites persistantes :
Ce décalage entre la réalité du terrain et les cadres institutionnels existants explique l’intérêt porté à la transférabilité des approches développées par le projet P3V.
Un message central de cette présentation concerne la manière d’appréhender la transférabilité. Il ne s’agit ni de reproduire le Projet P3V à l’identique, ni de déployer un nouveau Projet porté par l’OMSA dans d’autres pays.
La transférabilité porte avant tout sur :
Ces éléments constituent une boîte à outils, issue du travail de capitalisation du P3V, destinée à être mobilisée et adaptée en fonction des réalités institutionnelles, réglementaires et opérationnelles propres à chaque pays.
Afin d’accompagner cette réflexion, la présentation a introduit un arbre de décision permettant aux pays et aux acteurs intéressés d’évaluer l’opportunité de transférer certaines composantes du P3V.
Cet outil repose sur une série de questions structurantes, notamment :
Les réponses à ces questions permettent d’identifier les domaines prioritaires d’intervention, tout en évitant des transferts inadaptés ou déconnectés des réalités nationales IIIIIIIIIIII The answers to these questions enable priority areas for action to be identified, while avoiding inappropriate transfers or those that are disconnected from national realities.
La présentation a mis en évidence plusieurs principes clés devant guider toute démarche de transférabilité.
Tout d’abord, chaque pays présente un contexte spécifique. Il est donc indispensable de réaliser un diagnostic approfondi, d’identifier les leviers disponibles et de prioriser les actions en fonction des capacités institutionnelles et des besoins identifiés.
Ensuite, la transférabilité doit s’inscrire dans une approche progressive et pragmatique. Toutes les dimensions du P3V ne doivent pas nécessairement être mobilisées simultanément ; certaines actions peuvent être menées en parallèle, d’autres de manière séquencée.
Enfin, la réussite du transfert repose sur une approche inclusive et collaborative, impliquant l’ensemble des acteurs de la santé animale. Comme l’a rappelé l’intervenante, la transformation des systèmes ne peut être portée par un acteur unique, mais résulte d’une dynamique collective et concertée.
La transférabilité du P3V s’inscrit dans une vision systémique de la santé animale. L’écosystème mobilisé comprend notamment :
Dans cette configuration, le changement peut être initié à différents niveaux, selon les leviers disponibles, et progresser par étapes successives.
La présentation a identifié plusieurs points d’entrée possibles, selon les acteurs impliqués :
Ces initiatives peuvent être menées de manière complémentaire, en fonction des priorités et des contextes nationaux.
Cette cinquième contribution du webinaire met en évidence que la transférabilité du Projet P3V repose avant tout sur l’appropriation des approches, la mobilisation des acteurs et une compréhension fine des contextes locaux.
Plutôt qu’un modèle figé, le P3V propose un cadre de référence et une boîte à outils, permettant d’accompagner les réformes des systèmes de santé animale de manière progressive, inclusive et adaptée.
En clôturant cette série d’articles, cette réflexion ouvre des perspectives concrètes pour l’avenir des Services Vétérinaires et la professionnalisation des para-professionnels vétérinaires à l’échelle régionale et au-delà.
Comment faciliter la transférabilité du P3V vers d’autres pays, Dre Holly Hufnagel (GOPA - AFC)
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